Justice . Le tribunal des prud’hommes d’Albi a condamné La Poste à verser 66 000 euros à une ancienne employée ayant cumulé des emplois précaires depuis 1976.
Tribunal d’Albi, au pied des marches. Devant les caméras, Odile Guibert, cinquante-deux ans, répète patiemment son parcours, enfin soulagée. Le petit bureau de poste de Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn, elle y est d’abord rentrée en 1976, comme femme de ménage, via un CDD. Elle n’a alors que vingt et un ans mais s’intègre très vite et grimpe les échelons : tour à tour, La Poste lui proposera de devenir guichetière, puis agent de tri, puis factrice… Mais ne lui proposera jamais de passer en CDI. En tout, elle va accumuler deux cent quarante sept contrats à durée déterminée. Jusqu’à ce jour d’octobre 2006, où son responsable lui fait comprendre que c’est la fin, qu’il ne la rappellera plus pour de nouvelles missions. « À ma place, j’ai appris qu’ils avaient embauché un jeune de vingt-quatre ans, en CDI ! j’étais verte, moi, ça faisait trente ans que je l’attendais, mon CDI, trente ans que j’acceptais un coup de fil le matin ou le soir pour le lendemain. » Odile attaque en justice.
« c’est une victoire totale »
Hier matin, le conseil des prud’hommes d’Albi a condamné La Poste à lui verser 66 000 euros de dommages et intérêts, ainsi qu’à reconstituer sa carrière depuis 1990, date du changement des statuts de La Poste. « Je suis très satisfaite, mon travail a été valorisé, a déclaré la plaignante. Je suis rassurée sur mon avenir, notamment sur ma retraite et le calcul de mes points. » À l’issue du verdict, Me Emmanuel Gil, l’avocat de La Poste, a de son côté préféré nuancer : « Le tribunal a retenu que la rupture du contrat était imputable à Mme Guibert dans la mesure où elle avait refusé dix propositions de CDI ailleurs dans la région. »
Néanmoins, pour Thomas Barba, délégué syndical CGT à La Poste, « c’est une victoire totale ». Thomas Barba, dans le Tarn, c’est un peu le « Monsieur Plus » de tous ceux qui ont subi des cumuls de CDD à La Poste. « L’intermittence à La Poste qui a été instaurée par la convention collective de 1991, c’est une ineptie ! s’emporte-t-il. D’ailleurs, cinq arrêts de la Cour de cassation l’ont confirmé fin 2007. En France, huit mille salariés, surtout des femmes, ont été ainsi abusés au niveau de leurs contrats. » Depuis 2003, ce syndicaliste court de tribunal en tribunal pour faire entendre justice et régulariser « toutes » les situations de la région. En quatre ans, il est parvenu à faire dédommager une cinquantaine de salariés. Face à l’injustice, il ne compte pas ses heures, dit-il. Alors en contrepartie, il s’autorise des coups de gueule contre toutes ces fédérations syndicales, y compris la sienne, qui « parlent de politique générale » et « oublient de faire du syndicalisme de proximité ». « Au niveau national, aucun syndicat n’a su appréhender cette précarité sociale à La Poste. Résultat, on va à la bataille en file indienne, pas du tout coordonnés, alors les procès s’enchaînent, mais La Poste ne tremble pas. » Pourtant, s’alarme le cégétiste, il y a urgence : « Quand un employé qui a entamé une démarche aux prud’hommes se fait convoquer par son directeur régional pour le dissuader de continuer, moi, je trouve que c’est dangereux pour la démocratie. »
La poste en mauvaise posture
Pour l’heure, dans le Tarn, les affaires de CDD abusifs s’enchaînent. Quelques heures après le délibéré concernant Odile Guibert, c’était au tour de onze postiers de passer devant le conseil des prud’hommes d’Albi. Sept ont été déboutés et condamnés à payer 500 euros au titre de remboursement de frais de justice. Pour les quatre autres, le tribunal a condamné La Poste à verser à chacun des dommages et intérêts allant de 1 500 à 15 000 euros. Des sommes auxquelles s’ajoutent des rappels de salaires, là aussi variables selon les cas. En tout, La Poste doit payer à chacun entre 10 000 et 21 000 euros.
Christelle Chabaud
l' Huma du 06 / 02 / 08
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