Pour le secrétaire général de la CGT, le financement et la représentativité des organisations patronales doivent entrer dans le champ des négociations en cours.
Aux yeux de la CGT, l’affaire Denis Gautier-Sauvagnac constitue une véritable épreuve de vérité pour les organisations patronales. Loin de mettre en cause la seule « attitude individuelle de dirigeants indélicats », le scandale consiste en effet en la révélation d’un « système opaque », mis au point par l’UIMM « depuis des années » afin « d’entraver l’action syndicale », a tenu à souligner, d’emblée, hier, lors d’une conférence de presse, le secrétaire général de la CGT. Un système s’appuyant sur une caisse noire de plusieurs centaines de millions d’euros, prélevés sur les ressources des entreprises, et utilisés pour « contrer des décisions de grève », a rappelé Bernard Thibault, qui attend, comme tout le monde, que l’ex-homme fort de l’UIMM apporte la preuve d’éventuels versements occultes à des syndicats. Et un système « assumé collectivement » par l’UIMM comme le montre la « prime de départ pharaonique » attribuée à DGS (voir encadré). Autant dire que, pour la CGT, bien plus qu’un « problème de transparence », se trouve posé ici le fonctionnement des organisations du patronat.
Or, depuis le début des négociations sur la représentativité et le financement des syndicats, le MEDEF s’oppose à ce qu’elles concernent aussi la partie patronale. Du coup, pour Bernard Thibault, la « crédibilité » de l’organisation de Mme Parisot, et de sa réaction indignée, se mesurera à l’évolution de son attitude sur ce dossier. « On ne pourra pas nous dire qu’il y a une opération mains propres si, dans la négociation officielle, le patronat continue de refuser l’examen des dispositions sur le financement et la représentativité du collège patronal. » Jeudi, lors de la prochaine séance de ces pourparlers, « les organisations syndicales seront en droit, avec plus de vigueur, de demander que ces points figurent à l’ordre du jour », estime le leader de la CGT. Et d’insister en souhaitant que le MEDEF entre, à cette occasion, « dans une nouvelle ère du dialogue social, sinon on aura du mal à prendre ces règlements de compte pour autre chose que des règlements de compte ».
Pour autant, Bernard Thibault ne tient pas les pouvoirs publics pour quitte. Si « on n’arrive pas » à intégrer les organisations patronales dans le champ de la négociation, « il sera difficile pour les responsables politiques de laisser les choses en l’état ; sinon, ils se placeraient dans une certaine duplicité, pour ne pas dire complicité ».
Jusqu’ici, la CGT s’est « sentie un peu seule » à considérer que la représentativité patronale devait, aussi, être discutée, a confié Bernard Thibault. Et seule, parmi les syndicats de salariés, elle a voté contre la nomination de deux figures dirigeantes de l’UIMM à la tête de deux organismes paritaires : Michel de Virville, pour l’UNEDIC, dont il vient de démissionner, et Dominique De Calan, pour l’AGIRC, la caisse de retraite des cadres. Les derniers développements de l’affaire DGS feront-ils bouger les positions ? Dimanche, le secrétaire général de la CFDT a vu, dans le scandale, « la preuve » que la négociation en cours « ne doit pas être une négociation uniquement sur le financement des syndicats de salariés […]. Si Mme Parisot est logique jusqu’au bout, et je ne doute pas qu’elle le sera, on doit élargir cette négociation sur tous les financements, patronaux et syndicaux ».
Yves Housson
l' Huma du 04 / 03 / 08
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