PALESTINE . Par crainte de représailles israéliennes, Zoher préfère taire son nom. De son village d’Abassane, à Gaza, il témoigne des assauts aériens qui tuent sans discernement.
« Samedi vers 11 heures du matin, les enfants sortaient de l’école. On était dans les rues du quartier. On entendait les bombardements de plus en plus intenses. Peu après, on a reçu des informations selon lesquelles les infrastructures du Hamas mais aussi de la police étaient visées. Les enfants qui sortaient des écoles étaient littéralement morts de peur. Ils se mettaient à crier, à pleurer. Les femmes sortaient des maisons en criant elles aussi. Elles couraient dans les rues pour chercher leurs enfants. C’est une nouvelle catastrophe, comme à Deir Yassine (massacre perpétré par les forces sionistes qui a fait près de 120 morts en avril 1948 dans un village près de Jérusalem - NDLR), comme à Beyrouth en 1982. Ce qui se passe est incroyable. Vous ne pouvez pas l’imaginer. C’est contre l’humanité. Ils bombardent sans réfléchir. Ils disent qu’ils ne bombardent pas les civils, mais ce n’est pas vrai. Aujourd’hui, dimanche, et la nuit précédente, ils n’ont pas arrêté. Ce matin, à Rafah, ils ont même bombardé un hangar où étaient entreposés des médicaments. J’ai vu les flammes qui embrasaient le bâtiment. Ce n’est pas militaire, c’est civil. Il n’y avait pas de roquettes à l’intérieur. Ils ont tapé un camion-citerne, rempli de produits inflammables. À Gaza, vous le savez, ce n’est pas comme chez vous en France ou dans d’autres pays européens. Nous n’avons pas de matériel pour éteindre les incendies. En explosant, le camion a mis le feu aux maisons alentour et il y a eu de nombreux blessés. J’ai entendu à la radio que les Israéliens affirment qu’ils ne tuent que les gens du Hamas. Ce n’est pas vrai. Ils frappent n’importe quoi, dès que quelque chose bouge. »
« Avant les bombardements il y avait un cessez-le-feu entre le Hamas et les Israéliens. Les Israéliens n’ont pas arrêté de bombarder et de tuer des Palestiniens. Quarante-neuf Palestiniens, dont sept enfants, ont été tués en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pendant ces six mois de trêve. Que pouvons-nous faire ? C’est toujours la même chose. Quand la violence s’arrête de notre côté, c’est bien pour les Israéliens, mais nous, on ne gagne rien, si ce n’est des morts supplémentaires. »
« Je ne suis pas Hamas, je n’ai pas voté Hamas. Mais je suis palestinien. Le Hamas a observé une trêve pendant six mois et qu’est-ce qu’il a gagné ? Rien. Même si je ne suis pas Hamas, il faut dire la vérité. Ce sont les Israéliens qui sont gagnants. Pendant le cessez-le-feu on a continué à subir le blocus. On n’a pas de gaz, pas d’électricité, pas de médicaments. Les passages entre la bande de Gaza et le reste du monde sont fermés. Nous sommes dans une grande prison. Nous ne sommes même pas dans un présent. C’est moins que ça. Dans le présent tu peux manger, tu peux te laver, tu peux sortir. On n’a rien. Gaza est une place fermée, bloquée. On est encerclé par les Israéliens. On n’a aucune issue. Même la mer, on n’y a pas accès. Elle est fermée devant nous. Il n’y a rien. Gaza c’est une terre morte. C’est une place morte. Si les pays du monde ne trouvent pas de places pour leurs morts, ils peuvent les mettre ici, à Gaza. J’ai vécu à l’étranger, dans plusieurs pays, mais je n’ai jamais vu ça. C’est une vie dure. Même en Afrique tu ne trouves pas ça. »
« c’est notre terre. NOUS RéSISTONs »
« Les gouvernements européens savent pourtant bien ce que veut dire “droits de l’homme”, “liberté”, “humanité”. Ils n’arrêtent pas d’en parler. Ils savent ce que veut dire “enfant”, ce que veut dire “femme”, “homme”. Mais je ne pense pas qu’ils vont faire quelque chose. Mais peut-être que si leurs peuples manifestent ils vont bouger un peu. Qu’on nous aide au moins à laisser entrer la farine pour manger, le blé pour faire le pain. »
« Le problème est que les autres pays, européens ou arabes, ne font rien. Il faut qu’ils interviennent. Ce n’est pas une guerre contre une autre force militaire, c’est une guerre contre l’humanité. Qu’est-ce qu’il y a à Gaza ? Des missiles produits localement. Rien à voir avec les avions F-16 et les missiles israéliens. C’est une guerre contre les civils. C’est interdit par les lois internationales. Barak dit qu’il va continuer son attaque sur Gaza, par terre et par air. Mais si je regarde autour de moi, dans mon village, dans mon quartier, je vois que les hommes n’ont pas peur bien qu’il y ait une grande différence entre l’armée israélienne et notre résistance. Nous n’avons pas peur parce que c’est notre pays, c’est notre terre. Nous résistons. »
Propos recueillis par Pierre Barbancey
l'Huma du 29 / 12 / 08
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