Les cures d’austérité se succèdent et se ressemblent. Le Royaume-Uni a annoncé la sienne lundi. L’Italie a fait de même hier. Salaires des fonctionnaires et dépenses sociales sont dans la ligne de mire.
La dette n’a que des vertus pour les légionnaires du marché. « Ceux qui ne veulent pas toucher au système social ne pourront jamais diminuer la dette », prévient le président de la commission des Finances du Bundestag, Volker Wissing, dans un entretien à la Tribune. Dans les colonnes du même quotidien économique, Marc de Scitivaux, coprésident des Cahiers verts de l’économie, s’écrie : « Merci à la Grèce ! » La crise aurait ouvert les yeux des investisseurs : « L’épargne mondiale se détourne des États providence », justifie-t-il.
Faute de pouvoir emprunter à un taux réduit auprès de la Banque centrale européenne, les États sont au garde-à-vous face aux marchés. Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a annoncé hier une loi de finances rectificative : une cure de 24 milliards d’euros. Deux tiers de réductions des dépenses, pour « sauver notre pays du risque grec », selon son bras droit Gianni Letta. Au programme : gel des salaires des fonctionnaires, baisse de 10 % des dépenses des ministères. Les collectivités territoriales seraient mises à contribution alors même que le pays s’achemine vers une organisation fédérale de l’État. En 2009, le déficit public italien n’était pourtant que de 5,3 %, contre 7,5 % en France, 11,5 % au Royaume-Uni ou 14,3 % en Irlande. Ces deux derniers pays étaient encore donnés en exemple à la veille de la crise. Le gouvernement conservateur britannique de David Cameron y est lui aussi allé de son plan lundi, d’un montant de 7,2 milliards d’euros. Essentiellement des économies dans l’administration, mais ce programme n’est que l’entrée du menu de super-austérité que devraient avaler les Britanniques à l’automne.
Réduire toutes les pensions de retraite de 5 %
Les pays occidentaux ne sont pas les seuls touchés. En Lettonie, le salaire moyen de la fonction publique devrait être réduit de 28 % entre 2008 et 2012. Mercredi dernier, 50 000 Roumains ont manifesté contre leur gouvernement qui prévoit de tailler de 25 % dans les salaires des fonctionnaires. « Ils veulent réduire toutes les pensions de retraite de 5 %, quel que soit leur montant : de 15 euros pour les plus petites à 9 000 pour les plus importantes ! » se plaint Bogdan Hossu, président du syndicat Cartel-Alfa. Les dépenses sociales aussi seraient réduites. La lettre d’intention du gouvernement au Fonds monétaire international, qui doit être envoyée cette semaine, prévoit également « plus de flexibilité sur le droit de licenciement, sur les salaires, sur le droit du travail », prévient Bogdan Hossu. Car hormis les cures d’austérité, les libéraux préparent l’avenir : ils s’attaquent à la capacité de résistance des salariés. « En Espagne, vous avez beaucoup de rigidité, le marché du travail ne fonctionne pas », attaque maintenant le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
Au Portugal et en Espagne, les gouvernements annoncent une réduction des investissements dans les infrastructures. À tel point que certains économistes s’inquiètent de ce que, si elles ne sont pas contrées, les cures d’austérité, en empêchant les dépenses d’avenir et en réduisant la demande intérieure, puissent déboucher sur une décennie perdue pour la croissance, telle que l’a connue le Japon dans les années 1990.
Gaël De Santis
l'Huma du 26 / 05 / 10
mercredi 26 mai 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire