samedi 15 mai 2010

Rigueur . Fillon veut faire les poches des handicapés .

Le premier ministre a adressé aux membres de son gouvernement une lettre de cadrage qui fixe à 10 % sur trois ans la baisse des dépenses d’intervention.

Le premier ministre, François Fillon, n’a pas attendu longtemps avant de mettre en musique l’annonce faite la semaine dernière de geler pour trois ans les dépenses publiques. Il a envoyé aux membres du gouvernement une lettre de cadrage, dont il ressort que les « dépenses d’intervention de l’État » chuteront de 10% au cours des trois prochaines années. Ces mesures frapperont en premier chef, nul ne s’en étonnera, les couches les plus fragiles de la population. Ces dépenses d’intervention désignent en effet certaines dispositions étatiques de soutien au développement économique, à l’agriculture et à l’emploi, sous la forme de contrats aidés. Mais derrière le terme de dépenses d’intervention, il s’agit aussi de l’aide pour le logement (APL), du revenu de solidarité active (RSA) et de l’allocation pour adulte handicapé (AAH). Faute de vouloir toucher aux avantages extravagant que le bouclier fiscal fournit aux happy few du capitalisme en crise, le gouvernement Fillon va raboter partout où c’est possible, principalement chez les pauvres, jusqu’à faire les poches des handicapés  !

Dans le budget 2010, les dépenses d’intervention de l’État s’élèvent à un total de 67 milliards d’euros, dont une bonne partie est affectée pour alléger les difficultés des hommes et des femmes des familles vivant dans les conditions les plus dures. Qu’à cela ne tienne, « l’ampleur du redressement budgétaire, affirme François Fillon, exige que les dépenses d’intervention de l’État soient systématiquement réexaminées. Les dispositifs qui relèvent de règles d’indexation automatique ou de droits acquis devront voir leurs dépenses contenues par des réformes spécifiques », a-t-il ajouté. Pour d’autres précisions, les citoyens concernés attendront…

Les dépenses sociales, c’est aussi les postes des travailleurs au service de la société. Aussi le premier ministre de Nicolas Sarkozy confirme-t-il « la politique de diminution des effectifs des services de l’État consistant à ne remplacer qu’un agent public sur deux partant à la retraite ». « Effort », a-t-il précisé, qui sera étendu, au-delà de la fonction publique, à tous les opérateurs de l’État (Météo France, CNRS, Pôle emploi…), qui diminueront de 1,5 % par an le nombre des emplois.

C’est un plan de rigueur, selon la litote habituellement employée, qui se met en place, un scénario pour lequel le pouvoir se sent enhardi escomptant que le plan d’hyperaustérité que l’UE et le FMI imposent à la Grèce créera un climat plus favorable à l’acceptation de sacrifices présentés comme inévitables. Mais rien n’est moins sûr, ces mesures n’apparaissant que plus injustes après les milliards versés l’an dernier dans le sauvetage d’un système bancaire et financier qui n’a pas changé les règles de sa gouvernance.

Jean-Paul Piérot

l'Huma du 14 / 05 / 10

Aucun commentaire: